Juventus : Andrea Pirlo, costume sur mesure ?

Après avoir retardé son arrivée, il a finalement brulé les étapes. Andrea Pirlo avait refusé « contre sa volonté » un poste d’adjoint de la Nazionale proposé par Roberto Mancini en 2018, tenu par ses engagements, notamment comme consultant pour Sky. Pendant deux ans, entre quelques apparitions sur les plateaux et dans des publicités, il a préparé en silence sa reconversion. Jusqu’à l’appel de la Juventus. Attendu sur le banc des U23 (en Serie C) pour cette saison 2020-2021, le numéro 21 le plus célèbre du football italien a finalement accepté de succéder à Maurizio Sarri, au lendemain de la désillusion européenne. L’élimination en 8e de finale par Lyon, quelques jours après le neuvième scudetto de rang, a été fatale à l’ancien Napolitain. La greffe Sarri n’a jamais pris. Le choix, un an plus tôt, des dirigeants biancioneri, Agnelli et Paratici en tête, était audacieux : l’étiquette du Napoli avec des déclarations anti-Juve à la pelle, une idée du football populaire, qui érige en priorité le beau jeu… L’anti Allegri. L’anti Juve, aussi? S’ils ne l’ont pas avoué, le choix de confier l’équipe à Andrea Pirlo est un constat d’échec de la décision prise un an plus tôt. Si le spectacle n’était pas toujours au rendez-vous, Massimiliano Allegri avait le respect de son vestiaire, faisait gagner son équipe et a même connu deux finales de Champions League. Pirlo, l’anti Sarri, mais pas le nouveau Allegri, sans doute.

Un parcours à la Guardiola ou à la Zidane était imaginé avec les jeunes pour apprivoiser le métier puis un saut au sommet. Pirlo, 41 ans, n’aura pas ce luxe. Comme les deux autres milieux à Barcelone et au Real Madrid, le Maestro doit ramener de la sérénité, des sourires et si possible des trophées continentaux chez la Vieille Dame. Premières indications après le succès 3-0 contre la Sampdoria, dimanche 20 septembre, dans le cadre de la 1re journée de Serie A.

Une idée de jeu

Un diplôme avant de commencer. La semaine précédant son premier match officiel, Andrea Pirlo a reçu la licence UEFA Pro, le diplôme international le plus élevé, obtenu après un parcours à Coverciano aux côtés de Thiago Motta et Luca Toni, notamment. Pirlo a eu la deuxième meilleure note de la promotion derrière Motta. L’ancien milieu de l’Inter et du PSG, aux idées théoriques très ambitieuses et dogmatiques, s’est heurté à la réalité au Genoa l’automne dernier. Pirlo a aussi des idées précises, comme il l’a détaillé dans sa thèse, mais plus pragmatique.

« J’aimerais jouer un football total et collectif, avec onze joueurs actifs en phase offensive comme défensive. En ayant la main sur les espaces et le temps, nous avons l’ambition de commander le jeu dans les deux phases ».

Le Maestro a aussi cité des « équipes et des entraîneurs que j’ai admirées comme supporter et d’autres auxquelles j’ai eu la chance d’appartenir ou contre qui j’ai eu la chance de jouer : le Barcelone de Cruyff et celui de Guardiola, l’Ajax de Van Gaal, le Milan d’Ancelotti jusqu’à la Juventus de Conte ».

De ce dernier, qui sera sans doute son principal rival sur la route du titre cette saison en Italie, il garde un attachement pour la défense à 3. Dimanche, Pirlo a choisi un 3-4-1-2. Et Leonardo Bonucci s’est montré particulièrement à son avantage, en plus de son but. Il n’a jamais été aussi rayonnant que sous Conte à la Juve et en Nazionale avec moins de duels physiques à livrer et plus de liberté pour relancer. Mais Pirlo s’adapte aussi à son effectif. Pas de regista dans son organisation. Le choix de deux milieux récupérateurs/relayeurs s’est imposé au technicien, qui a précisé avoir 4 milieux axiaux, Arthur, Bentancur, Rabiot, McKenzie, dont les profils correspondaient davantage à ce schéma qu’à un milieu à trois. Pas de Pirlo, de Pogba et de Vidal en magasin pour prolonger la filiation Juve de Conte. Et il n’a pas hésité à lancer d’entrée la jeune recrue McKenzie, très bon dimanche plutôt qu’un autre nouveau plus attendu, Arthur. Comme il a titularisé Gianluca Frabrotta en piston gauche (21 ans, un match de Serie A, sans enjeu, avant contre la Roma le 1er août), parce que Luca Pellegrini est en instance de départ et Matteo De Sciglio n’entre pas dans ses plans, jugeant sa partie « très bonne ».

Ainsi, dans ce schéma, Aaron Ramsey s’est trouvé plus haut, en trequartista, au soutien de Ronaldo et Kulusevski. Un module mouvant, puisque la Juve se replaçait en 4-4-2 à la perte du ballon avec le Gallois qui revenait au niveau de Rabiot et McKenzie et Frabotta glissait en défense, le tout avec un pressing intense pour repartir.

Ramsey a sans doute livré sa meilleure prestation, un an après son arrivée, alors que le jeune suédois (acheté 35 millions à l’Atalanta) et la star portugaise ont marqué. Mettre CR7 dans les meilleures dispositions sera la clé, surtout en Ligue des Champions. S’il n’a jamais rechigné, l’ancien Madrilène semblait souffrir de l’animation offensive voulue par Sarri. Son rôle et son temps de jeu. « Nous réfléchissons à comment utiliser Ronaldo et en avons discuté », a déclaré le coach à Sky Sport, dimanche. « Il n’est pas encore fatigué, car nous venons juste de commencer, mais lorsque nous aborderons des matches moins importants, nous essaierons de lui donner du repos. »

Les formules offensives, à trois têtes, pourront varier avec le retour de Paulo Dybala en plus de Ramsey et Kulusevski, voire Bernardeschi (qui pourrait aussi jouer piston) et Douglas Costa alors qu’Alvaro Morata est finalement l’attaquant de fixation recruté, suite aux abandons des pistes Dzeko et Suarez (prêt de 10 millions avec option d’achat en provenance de l’Atlético de Madrid).

Andrea Pirlo dessiné par Dolcetti en 2018, ici lors de l’exposition l’arte del gol en 2019 à Reggio Emilia.

Un club taillé à son image

Morata, un choix surprenant? Pas forcément, il a joué avec Pirlo à la Juve lors de la première de ses deux saisons (2014-2016) dans le Piémont, comme Buffon, Bonucci et Chiellini. Des relais pour un technicien ouvert à son groupe. « Le dialogue est essentiel avec tous les joueurs, a-t-il précisé dimanche. Quand j’étais joueur, ça me plaisait de parler avec les entraîneurs et de créer ce type de rapports. C’est important sur le terrain mais aussi en dehors, pour comprendre les souhaits des joueurs. Je le fais avec eux, ils le font avec moi. »

Cinq années se sont écoulées entre le départ du joueur et l’arrivée de l’entraîneur. Suffisant pour passer du tu au vous, en quelque sorte? La force et la faiblesse de ce retour. Changer de costume n’est jamais évident. Mais Il Maestro a montré dimanche qu’il portait très bien la veste et la cravate. Surtout, il connaît parfaitement la maison. S’il a d’abord brillé en Lombardie (Brescia, Inter et surtout Milan), Pirlo s’est offert une semonce jeunesse et a marqué le retour au premier plan de la Juve de 2011 à 2015 avec les quatre premiers scudetti de la série en cours.

Pour cette nouvelle aventure, Andrea Pirlo s’est entouré de connaissances et de Juventini. Son premier adjoint est Igor Tudor, défenseur de la Juve de 1999 à 2007. Il a déjà été numéro un à Galatasaray et l’Udinese, dernièrement et occupé le rôle d’adjoint en sélection croate (2012-2013) avant de se lancer en première ligne. Roberto Baronio, ancien sélectionneur des U19 Italiens, Antonio Gagliardi, ancien match analyst de la Nazionale ou encore Paolo Bertelli, déjà à la Juve de 2011 à 2014 comme responsable de la préparation physique, sont aussi parmi le staff étoffé (13 collaborateurs principaux).

L’ex regista n’a pas fait de ce premier poste une question d’argent puisqu’il gagnera 1,8 million d’euros hors primes de résultats cette saison (seuls les gardiens remplaçants Pinsoglio et Buffon sont en dessous dans l’effectif pro) contre 7,5 millions touchés par Allegri et 5,5 millions par Sarri.

Dans la communication aussi, il effectue une entame parfaite. Dimanche, après le succès, le technicien a rappelé qu’il « va falloir du temps pour intégrer les systèmes de jeu. » Puis de préciser :  « On n’a pas eu beaucoup de temps, les joueurs sont revenus des sélections nationales, on a eu une dizaine de jours pour s’entraîner avec un seul match amical. Et il manque des joueurs (Alex Sandro, Paulo Dybala et Matthijs De Light). Pour le moment, on essaie de faire de notre mieux. »

Une victoire, des éloges, les Unes de la presse italienne… Mais ce n’était qu’un premier match. Ce n’était que la Sampdoria. Des difficultés, des erreurs viendront sur le chemin de la Juve made in Pirlo. La Roma et le Napoli lors des deux prochaines journées donneront déjà un peu plus d’ampleur à ses premiers pas. Au Maestro de se transformer en Mister.

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