Tout va vite, très vite, trop vite

Emissions à la télé, à la radio, sur internet, les debrief’, les notes, les avis et les débats qui se prolongent sur les réseaux sociaux, à coups de commentaires péremptoires. Tout va vite, très vite, trop vite. La culture de l’instant emporte tout sur son passage.

Ce jeudi soir, en chutant lourdement contre Lille, porté par un triplé de Yusuf Yazici (0-3), l’AC Milan a vu s’effacer 24 matches sans défaite, 242 jours avec un lockdown au milieu. D’ailleurs, les Rossoneri n’avaient plus perdu depuis le 8 mars, déjà à San Siro contre le Genoa (1-2) en Serie A. La dernière sortie avant le confinement. Le clin d’oeil aura voulu que cette défaite européenne intervienne à la veille du second lockdown pour une partie de l’Italie, dont la Lombardie, en zone rouge. Le Diavolo, lui, après des mois au paradis, est tombé dans le rouge en 90 minutes. 

La remontée au début de l’été pour arracher une place en tour préliminaire de Ligue Europa, la 1re place de Serie A après 5 journées (et un succès dans le derby 1-2), tout semble remis en cause après un revers trop gros pour être vrai, le plus lourd de l’histoire européenne du club à domicile.

D’ailleurs, Milan n’avait plus encaissé trois buts à San Siro en coupe d’Europe depuis novembre 2011 (2-3 contre Barcelone) et n’avait plus subi trois buts du même joueur depuis Rivaldo en octobre 2000, alors sous le maillot de Barcelone. 

Il ne s’agit plus du Milan dominateur des années 2000 mais l’équipe développée par Pioli et portée par Ibrahimovic n’est pas à réduire à cette pâle copie. Vu de certains coins de France, Lille a donné une leçon au leader de Serie A, ce championnat sur-côté, a éteint le vieux Zlatan, décidément discret dans les gros matches (en était-ce un ce jeudi?), alors qu’il a offert il y a trois semaines le derby de la Madonnina à son équipe, à peine guéri du Covid-19.

Sur 90 minutes, c’est exact le Losc a largement mérité son succès et le mérite en revient d’abord à Christophe Galtier. L’entraîneur – qui a joué à Monza (1997-1998) en fin de carrière comme nous l’a raconté Valentina Clemente dans le 6e épisode du podcast calcio espresso – sait faire jouer son équipe, s’adapter à l’adversaire, le perturber. 

Bravo à lui, qui fait progresser son effectif malgré les ventes chaque été. Mais il ne représente pas le football français, comme Milan n’est pas l’étendard de l’Italie. C’est une équipe en développement, la plus jeune de son championnat (24,8 ans de moyenne), malgré Zlatan devant, qui grandit mais qui n’a pas la constance collective ni la profondeur d’effectif de la Juve, l’Inter ou l’Atalanta, qui bégayent en ce début de saison. Déjà, en barrage, Rio Ave aurait pu (dû) faire tomber Milan, qui s’en était sorti avec un penalty au bout de la prolongation (2-2, 1er octobre) avant d’arracher sa qualification pour cette phase de groupes via une interminable séance de tirs au but (9-8).

Lille, cache misère?

Surtout, le succès du 2e de Ligue 1 arrive après une semaine noire sur la scène continentale pour le championnat. Trois revers en Champions League en autant de matches avec Marseille qui égale le record de 12 défaites de suite en C1. Le foot français totalise un succès, un nul et 7 revers depuis le début de la compétition. Et juste avant le succès des Dogues, Nice avait perdu au Slavia Prague en Europa League (3-2). Là, la culture de l’instant porte le championnat français avec l’ukrainien, le danois, l’Autrichien à l’indice Uefa, avec, en sus, le doute de voir un représentant de la L1 en huitièmes de finale de la C1. Ce même championnat qui était représenté avec orgueil par deux équipes en demi-finales du final 8 en août (Lyon demi-finaliste et Paris finaliste). De héros à zéro? La vérité est entre les deux, sans alarmisme ni triomphalisme. Cela vaut pour la Ligue 1, qui n’est que 13e nation en ce début de campagne européenne mais se situe depuis des années dans la hiérarchie comme le 5e championnat du continent, à distance du Top 4 ; comme pour la Serie A, qui n’a plus gagné une Coupe d’Europe depuis 2010, qui lutte avec l’Allemagne pour la 3e place derrière l’Angleterre et l’Espagne les plus puissants (économiquement), depuis un moment.

 » Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console », a écrit Talleyrand. C’est toujours vrai, sauf que désormais, tout le monde regarde et compare tout le monde, tout le temps. Comparer Lille à Milan sur 90 minutes pour consoler tout le football français n’est pas intelligent. Ou alors le championnat tchèque joue dans la cour de la Ligue 1, puisque Prague a battu Nice le même jour? Il ne s’agit pas de jeter la pierre. Je participe parfois à ce jeu dangereux. Mais il conviendrait d’adopter un peu de recul, de mesure, avant de lâcher des sentences irrévocables? Car, chaque jour un peu plus, tout va vite, très vite, trop vite.

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