Immersion dans l’univers du business des droits TV du football

Ils font la Une de la presse (sportive mais aussi économique et générale) à chaque appel d’offres. Les droits tv sont devenus l’enjeu majeur de l’économie du football. L’enquête de Pierrre Maes est un excellent manuel pour comprendre un monde parallèle à la passion du ballon rond. L’auteur belge présente avec pédagogie ce secteur en s’appuyant notamment sur son expérience personnelle. Il a travaillé au sein du groupe Canal+ de 1989 à 2002 avant de devenir consultant dans le secteur des droits TV.

Il décrypte ainsi les évolutions et les mécanismes d’un milieu qui s’est professionnalisé, perfectionné de chaque côté au point de donner le sentiment d’une guerre entre les ayants droits et les diffuseurs à chaque nouvel appel d’offres d’une compétition majeure. La commission européenne en donnant aux ligues une situation de monopole, qui semble impossible dans tout autre secteur commercial, a créé les conditions à ce climat agressif. Les vendeurs veulent toujours plus d’argent pour assumer le train de vie du football ; les acheteurs, mis en concurrence, lâchent des sommes folles, impossibles à rentabiliser, même avec des abonnements en hausse, qui finissent par exaspérer les passionnés de football. Une croissance infinie ou une bulle sur le point d’exploser? Le livre donne les clés pour se faire son avis. Et Pierre Maes, qui était avec nous dans le 10e épisode de calcio espresso, a entamé une series de podcasts pour compléter son analyse.

Le virage des années 90

Au début, cette vente du produit foot à la TV était peu médiatique et les sommes dérisoires. Mais au fil des années, les clubs ont profité de l’immersion des télévisions payantes pour se développer, au point de devenir télé-dépendants avec des budgets alimentés généralement de 50 à 70% par les diffuseurs pour les formations des championnats majeurs européens.

Dans les années 70/80, la billetterie était le coeur des recettes (les chaines publiques diffusaient juste quelques rencontres). Ce modèle économique est encore partiellement d’actualité pour d’autres sports comme le rugby ou le basket en France. Les droits TV sont minoritaires dans les budgets des clubs qui souffrent actuellement et s’inquiètent énormément alors que la pandémie mondiale de Covid-19 oblige à jouer dans des stades et des salles vides ou presque depuis des mois. 

Les compétitions de football, à part en France et dans quelques autres pays hors du top 4 européen (Ecosse, Belgique…), ont repris dès que possible en mai/juin pour compléter l’enjeu sportif et surtout respecter les contrats avec les diffuseurs et donc recevoir les sommes promises. 

Depuis les années 90, les télévisions à péage se sont développées partout. Après une présentation des mots et des enjeux, Pierre Maes revient sur l’histoire du football à la télévision. Les pionniers dans les années 80 furent Sky en Angleterre puis Canal+ en France, deux acteurs encore puissants aujourd’hui,m en Europe, alors que les groupes médiatiques et les agences n’ont cessé d’arriver et de disparaître aux quatre coins du globe. Le cas récent de l’agence d’origine italienne MP & Silva est révélateur de ce milieu en constante mutation. Riccardo Silva et son acolyte Andrea Radrizzani ont créé à partir de 2004 un empire marquant le retour en force des agences. Ils sont devenus incontournables dans le monde entier avant de se vendre aux deux tiers en 2016 aux groupes chinois Everbright Securities et Beijing Baofeng Technology et d’être en cessation de paiement deux ans plus tard.

A lire : La situation des droits TV en Italie

Un exemple parmi d’autres, qui fait écho aux difficultés actuelles de Mediapro. Le groupe espagnol est devenu à majorité chinois en février 2018, expliquant son appétit en Italie (finalement avorté, faute de garanties financières) et en France. Pierre Maes présente d’ailleurs très bien le lien entre l’arrivée cachée du groupe de Roures en France et l’appel d’offres organisé dès 2018, deux ans avant le début des contrats pour la Ligue 1 et la Ligue 2 (2020-2024). Après TPS, Orange et beIn Sports, la LFP de Didier Quillot tenait son nouveau challenger pour concurrencer Canal + et faire grimper les sommes au dessus du milliard. Sauf qu’aujourd’hui, Roures souhaite renégocier le contrat à la baisse (780 millions payés par an par Mediapro) et ne verse pas les échéances. Et la Ligue se tourne béatement vers Canal+. Un scénario qui ne surprend pas après la lecture du livre, pourtant en 2019.

Pigeons ou pirates ?

Les groupes de télévision à péage restent les principaux acheteurs mais il ya aussi opérateurs télécoms avec la quadruple play (SFR en France, désormais Sky qui propose aussi la fibre en Italie…) et l’irruption à pas feutrés des GAFA aussi appelés FAANG (Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Goggle). Si Facebook se montre à la fenêtre, Amazon est le plus actif et fait espérer toutes les ligues. La Premier League, puis en 2021 la Ligue des Champions (en Allemagne et en Italie) ou Roland Garros qui font partie des premiers heureux élus. Des événements majeurs, confirmant la tendance d’une mise sur ce qui créé encore de l’abonnement au détriment des compétitions de second plan, auparavant vues comme des programmes de complément et désormais délaissées par les sites web ou OTT qui n’ont pas besoin d’un flux continu d’images sur une chaîne traditionnelle.

Chez les acheteurs, dans un monde où la musique et le cinéma ont été la proie du piratage, le football reste le dernier spectacle vecteur d’abonnements, parce qu’il se passe en direct. Mais avec les progrès des technologies, des connexions internet devenues fiables et rapides un peu partout, la piraterie a aussi envahi le terrain. « Tous pirates ou tous pigeons? » La question est sur la couverture du livre. Désormais, le public semble partagé entre ces deux catégories. Ceux qui payent 60, 70 euros par mois pour regarder leur passion à la télévision et ceux qui se tournent vers le streaming illégal et surtout l’IPTV pour avoir accès à tout pour un coût dérisoire. Sans parler des ligues qui envisagent de lancer leur propre offre OTT, en s’inspirant de Dazn ou de Netflix, une plateforme qui proposerait les matches et du contenu. On passera la question de la couverture médiatique et d’une information qui se heurterait encore plus au mur de la consommation des clubs et des ligues.

Acheteurs, vendeurs, intermédiaires et con-sommateurs (comme nous présente l’auteur), le business des droits tv du foot n’a pas fini de faire parler.

Livre : Le business des droits TV du foot, de Pierre Maes (165 pages), éditions FYP.

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