Affaire Suarez : Paratici visé par une enquête, que risque la Juve?

L’examen d’Italien de Luis Suarez, le 17 septembre en Ombrie, n’a pas fini d’agiter l’actualité juridico-sportive. Il crée même des remous jusqu’au gouvernement italien. Peu après sa venue express à l’université de Pérouse, il était apparu que le joueur avait été aidé pour passer et obtenir le B1, nécessaire à l’obtention de la citoyenneté italienne. Un examen qualifié de “farce”.

Nouveau rebondissement puisque Fabio Paratici, directeur sportif de la Juventus, est visé par une enquête du parquet de Pérouse, pour le délit de fausses informations au ministère public (article 371 bis du Code pénal), tout comme deux avocats du club, Luigi Chiappero et Maria Turco. Le 11 novembre, Paratici avait nié devant le ministère public être intervenu dans cette affaire.

Pour rappel, lors du mercato, le club visait notamment l’attaquant alors à Barcelone mais son passeport uruguayen empêchait le recrutement puisque la Juve avait déjà enregistré son quotas de nouveaux joueurs extra-communautaires pour la saison avec Arthur et McKennie. Morata est finalement arrivé à Turin et Suarez « l’a remplacé » à l’Atlético de Madrid.

La Gazzetta dello Sport du 5 décembre.

« L’enquête a permis de comprendre comment, au début du mois de septembre, les dirigeants du club turinois se sont activés, y compris au plus haut niveau institutionnel, pour accélérer la reconnaissance de la citoyenneté italienne à Suarez », a écrit le procureur de la République Raffaele Cantone.

Parmi les points sous enquête : Fabio Paratici a contacté la ministre des Transports Paola de Micheli, son amie d’enfance, « pour accélérer la pratique ministérielle de reconnaissance de la citoyenneté italienne de Suarez » poursuit le procureur.

C’est l’hypothèse qui ressort des documents d’enquête du parquet de Pérouse et de l’Unité de police économique et financière de la Guardia di Finanza selon lesquels la ministre a donné à Paratici le contact du chef de cabinet du Viminale Bruno Frattasi. La Ministre a expliqué vendredi dans un communiqué avoir juste transmis amicalement le contact « n’ayant pas connaissance de la procédure spécifique, j’ai appelé le chef de cabinet du ministère de l’Intérieur, Bruno Frattasi, pour prévenir qu’il serait contacté par un responsable de la Juventus qui avait besoin des informations nécessaires pour mener à bien la procédure de reconnaissance de la citoyenneté italienne par Suarez. Toute autre version de ces faits est instrumentalisation qui ne correspond pas à ce qu’il s’est réellement passé, puisque je n’ai rien à voir avec la procédure d’examen italien de Suarez, objet de l’enquête ».

Bruno Frattasi a lui précisé avoir été contacté par “l’avocat Chiappero qui voulait savoir à qui demander pour la procédure de citoyenneté. Nous recevons souvent des demandes de clarifications procédurales.” Il est aussi apparu que l’avocate Maria Cesarina Turco avait parlé au téléphone début septembre avec Simone Olivero directeur de l’université ayant organisé le test et demandant si des cours intensifs pouvaient être organisés « même demain.. afin de donner l’examen à mi-septembre? ».

Et la justice sportive?

La Figc (fédération italienne) n’a pas encore reçu le dossier d’enquête explique la Gazzetta dello Sport ce samedi. Elle est indépendante et pourra classer ou approfondir ce dossier. En cas de prolongement via la justice sportive et de condamnation, la Juventus pourrait être directement inquiétée. Tout dépendra alors du lien direct ou indirect des actes répréhensibles retenus à l’encontre de Paratici. Le dirigeant bianconero aurait en effet pu violer 2 articles du code de la justice sportive :

L’article 4 (ex- 1) sur le « manque de loyauté, intégrité, probité » et comme peine prévue un volet allant de l’amende à une pénalité en points.

L’article 32, approuvé après le Passaportopoli de 2001 (faux passeports avec des amendes allant de 3 à 1 milliard de lires pour l’Udinese, Inter, Lazio, Roma, Sampdoria, Milan et Vicenza et des suspensions pour 14 joueurs et 15 dirigeants), sanctionne “la conduite des dirigeants et des clubs qui commettent des actes visant à obtenir des certificats ou documents de citoyenneté faux ou modifiés afin de contourner les règles relatives à l’entrée et à l’enregistrement des étrangers en Italie « . Dans ce second, amende, points et jusqu’à une exclusion et relégation du championnat sont prévus (mais peu probable).

La Juventus a affirmé dans un communiqué vendredi que son dirigeant « a agi de manière correcte », et s’est dite confiante sur la suite de l’enquête espérant « que les investigations en cours aideront à clarifier sa position dans un délai raisonnable. » Paratici, dont le contrat arrive à expiration le 30 juin 2021.

Ce samedi, l’information trouve sa place dans les Unes de la presse généraliste. De la Stampa, à la Repubblica en passant par Domani qui en titre principal : « De Micheli a le temps de s’occuper aussi de calcio mercato”. Le jeune quotidien ajoutant « entre les décisions sur les bus scolaires et les autoroutes, en septembre, elle a aidé avec le Viminale son ami de la Juventus pour le cas Suarez. » Ancien ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, leader de la Lega, en a d’ailleurs profité pour glisser le sujet sur le terrain politique, déclarant « pour débloquer des chantiers ça ne sert à rien de téléphoner à la ministre De Micheli. Pour débloquer une citoyenneté en revanche, lui téléphoner peut servir. »

La Stampa revient sur les conversations interceptées et notamment des propos tenus début septembre par Simone Oliveri, directeur de l’université pour étrangers de Pérouse, auprès de collaborateurs : « Hier, j’ai eu au téléphone Fabio Paratici. C’est le directeur sportif de la Juventus. Je veux dire, Paratici est plus célèbre que Mattarella (président de la République italienne). C’est le directeur sportif le plus puissant du monde. Et, pratiquement rien, je dois aider à faire passer l’examen de langue italienne à Suarez ». Si l’option de passer l’examen par Skype n’avait pas pu être mise en place, « nous avons la chance que de toute façon les gens, toujours pour la question Covid, ne pourront pas entrer pendant l’examen… Cela nous donne un coup de main ».

Domani du 5 décembre avec la ministre De Micheli en Une.

Pour l’instant, la Guardia di Finanza a suspendu la rectrice de l’université Giuliana Grego, le directeur Olivieri et les professeurs qui ont examiné Suarez de leurs activités pendant 8 mois. Selon l’accusation, « il est apparu que le contenu du test avait été préalablement communiqué au joueur, parvenant à prédéterminer le résultat et la note de l’examen, pour correspondre aux demandes qui avaient été faites par la Juventus, dans le but d’atteindre un retour d’image positif, à la fois personnel et pour l’Université ». Sur ce point, c’est raté…

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