« Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui »

Le football, comme les débats qui l’entourent, est un éternel recommencement. Comme l’amour, aussi. Les sentiments s’entremêlent et la passion fait parfois perdre la raison. Mais il n’y a pas qu’une façon d’aimer. Et il n’y a pas qu’une façon de jouer pour gagner.

Les romantiques du football, en ce week-end où il fallut parfois choisir entre deux passions, un match et un dîner, ont pu s’indigner du jeu proposé une nouvelle fois par la Juventus et l’Internazionale. Les deux plus belles équipes en photo, peu attrayantes en vrai, si l’on suit les canons de l’esthétisme actuel, un mariage entre le tiki-taka et le gegenpressing, pour résumer. Mais faut-il être beau pour plaire ?

La Juve a perdu à Naples, davantage sur un penalty évitable et un Meret en forme pour repousser les tentatives qu’à cause du plan de jeu instauré. Andrea Pirlo se serait « Allegrisé » ces dernières semaines, en abaissant un peu son bloc pour trouver de la profondeur avec la vitesse de Cuadrado, Chiesa, Bernardeschi, Kulusevski, Ronaldo… La victoire contre la Roma, la qualification en Coppa Italia contre l’Inter n’ont pas été éclatantes mais maîtrisées au cours d’une série de six succès et un nul avant de tomber au pied du Vésuve. Le jeune technicien se cherche encore, tâtonne tactiquement autour de l’asymétrie entre les phases défensive et offensive, gère les egos… Mais il est toujours en course pour remporter les trois compétitions (après la Super Coppa) sans faire de vague au sein d’un environnement qu’il connaît par coeur.

En ce 14 février, l’Inter a enfin réussi son « sorpasso » dans le tête-à-tête passionnel avec le voisin milaniste. Un succès contre la Lazio avec froideur d’un serpent (35% de possession et 1 degré à San Siro), une semaine avant de retrouver la chaleur du Diavolo dans le derby (21 février, 15 heures). Une alternance entre phase de possession en repartant de derrière (avec Brozovic venant entre ses défenseurs) mais aussi un bloc plus bas, un pressing moins intense. Subir en étant compacte pour repartir en contre et profiter de la puissance de Lukaku, des courses de Hakimi, des insertions de Barella. Depuis, en 14 parties, 11 buts subis et 6 clean-sheets (dont Napoli et Juve), tout en affichant la meilleure attaquant du championnat.

Pirlo en mode Allegri, Conte version Mourinho. Les comparaisons et les raccourcis sont faciles, surtout vers ceux que vous avez aimé par le passé. Conte fait du Conte, en adaptant ses joueurs à son dispositif. Privé de mercato, il a récupéré Eriksen et Perisic, qui ont fait les efforts pour changer leurs habitudes et plaire enfin eu technicien. Et l’entraîneur bianconero se créé son identité : moins théorique, plus pragmatique. Ni du Conte, ni du Allegri, ni du Sarri mais du Pirlo.

Enfin, avec l’AC Milan de Pioli, on a une nouvelle fois pu constater samedi soir que la possession sans rythme ne sert à rien. 349 passes réussies mais aucun tir cadré alors que Lo Spezia, au pressing collectif admirable, a cadré sept fois et remporté un succès mérité (2-0). Ce football fait de sacrifices, de solidarité procure des émotions qui peuvent être comparables à un but après 25 passes. D’ailleurs, Sassuolo n’est plus cette envoûtante beauté depuis plusieurs semaines. Privé de plusieurs joueurs, De Zerbi a abaissé ses ambitions stylistiques, sans se renier, pour retrouver le chemin du succès et donc du bonheur.

La perfection n’existe pas en football. Guardiola ou Bielsa s’en approchent en Premier League? Un point de vue. Chacun à sa définition du beau. Surtout, le football italien, s’il est désormais loin du catenaccio répondant aux standards de l’époque – et même parmi les plus prolifiques d’Europe depuis quelques saisons -, reste plus tactique. Une spécificité à chérir. Car on ne peut pas plaire à tout le monde. Mieux, comme l’a écrit Sacha Guitry : « Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui. » Alors pourquoi changer au risque de décevoir ceux qui vous aiment comme vous êtes?

Mieux vaut composer avec l’autre, être attentionné aux détails, accepter quelques erreurs tout en étant soi-même au quotidien, pour transformer une histoire prometteuse en idylle. Une recette du succès et du bonheur. Oui, comme en amour.

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