Le pessimiste, une forme d’optimisme?

Peut-on aller contre sa nature? Même lorsque la situation semble à l’opposée, les réflexes reviennent, les vieux démons toquent à la porte. L’Intériste est pessimiste. C’est un fait socialement reconnu. Même après avoir terrassé le diable, il n’imagine pas la lumière rayonner jusqu’au bout et finit par admirer les étoiles en paix. François Lerose dans notre podcast avant le derby et Giuliano Depasquale dans notre direct d’après-match l’ont rappelé. Oui, le tifoso nerazzurro a l’habitude de souffrir, de voir s’envoler le bonheur au dernier moment, alors qu’il l’avait quasiment entre les bras, qu’il sentait déjà ce doux parfum d’extase. De la Grande Inter (terminée lors de la finale de Coupe des Clubs Champions perdue en 1967) à 2005, le club a accumulé beaucoup plus de frustrations que de titres. Le 5 mai 2002 est l’emblème pour la génération actuelle, avec ce revers lors de l’avant-dernière journée 4-2 contre une Lazio en crise, qui offrit un nouveau titre à la Juve…

Ce 21 février, l’Inter a impressionné (0-3). Le match était présenté comme un derby de scudetto entre les deux clubs de Milan de retour aux deux premiers places, dix ans après.  Justement, l’Inter n’avait pas remporté un derby avec une telle marge depuis 2009. Août 2009, avec Milan recevant, déjà (0-4). Au début de l’historique saison du Triplete, le dernier scudetto remporté par les Nerazzurri, les derniers instants de cinq années de joies et d’optimisme avant une décennie où presque tout est à oublier. Milan s’était vengé en s’imposant 3-0 la saison suivante, en avril 201, lors d’un « derby da scudetto », filant à son tour vers le titre, le dernier avant l’hégémonie de la Juventus, neuf sacres de rang, série en cours.

Le derby ne vaut que trois points, comme les autres matches. Mais il vaut bien plus que trois points. Ce dimanche, l’Inter a marqué esprits, une semaine après avoir battu la Lazio (3-1). Deux concurrents aux quatre premières places dominés pour s’installer au sommet de la Serie A avec au moins un joker avant d’aborder ce long sprint final. La presse italienne ce lundi parle de « fuga », de fuite, d’échappée de la Beneamata. Il reste quatre chocs sur le parcours de cette phase retour en quinze journées. Atalanta et Roma à San Siro, Napoli et surtout Juventus à l’extérieur. Mais d’ici le 16 mai et le déplacement à Turin, pour l’avant-dernière journée, il peut se passer tellement de choses qu’on ne parlera pas de possible derby d’Italia pour la succession.

Pourtant, l’Inter a bien toutes les cartes en mains pour être optimiste au delà de la situation comptable. Eliminée en Coupe d’Europe et en Coppa Italia, elle n’a plus que la Serie A à jouer. Treize semaines à ne penser qu’à ça, contrairement à tous ses rivaux, dont la Juve la plus irrégulière depuis longtemps. Un avantage qui peut aussi devenir pesant. Le temps sera long entre deux matches avec ce statut de favori à gérer. 

Antonio Conte sait monter un commando. A la Juventus, à Chelsea et en Nazionale, il a su concentrer son groupe contre le reste du monde avec un objectif et l’atteindre. En plus, l’effectif a des ressources. Ivan Perisic et Christian Eriksen ont enfin trouver un rôle dans le système du technicien et occupent les deux points faibles de la première partie de saison à gauche : mezzala et piston. La défense a retrouvé sa solidité avec un bloc équipe plus compacte, alternant pressing haut et phase de domination volontaire pour opérer en contre. Et surtout la Lu-La vole. Lukaku et Lautaro forment le deuxième duo offensif le plus prolifique d’Europe avec 30 buts en championnat.  

Quel danger cette année?

Alors, où se cache le pessimisme? Dans l’ADN nerazzurro, comme la « pazza Inter » qui réapparait régulièrement malgré les efforts de Conte et des dirigeants pour l’effacer (jusqu’à l’hymne Pazza Inter amala au stade).

Et cette saison, qu’est ce qui pourrait empêcher de revoir les étoiles et s’approcher à un scudetto de la seconde étoile sur le maillot? Les problèmes financiers de la société avec le propriétaire Suning qui cherche des fonds économiques ou un fonds d’investissement pour l’aider à honorer les frais de la saison peuvent finir par parasiter l’atmosphère. Antonio Conte lui même, peut créer une crise par un excès de colère contre ses dirigeants ou l’environnement. Il est sans-doute l’atout et le danger principal de cette fin de parcours. Et puis, cette saison est à part. La pandémie peut toucher à tout moment un groupe. L’Inter en a déjà fait les frais en septembre-octobre avec Skriniar, Bastoni, Young, Brozovic et Nainggolan positifs au Covid (et Hakimi faux positif). Le rassemblement international de fin mars semble la principale fenêtre à risque avec la majorité de l’effectif en voyage. Sans parler des blessures. Perdre pour un long moment De Vrij, Hakimi, Brozovic, Barella ou pire, Lukaku, âme de cette équipe, pourrait déséquilibrer l’ensemble. Et faire tomber le château de cartes dans les limbes du pessimisme. Pour résumer la situation, mieux vaut se quitter avec Jean Cocteau, qui devait avoir un fond d’ADN intériste : « Mon pessimisme n’est qu’une forme de l’optimisme. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s